vendredi 22 janvier 2010

L'Histoire en train de se faire

Il y a un peu plus d'une semaine, DramaKing et moi évoquions nos premiers "souvenirs historiques". Comme pour la majorité des gens de notre génération, c'est ce que je pense en tout cas, le sentiment de voir l'Histoire en train de se faire commence pour nous avec la chute du Mur de Berlin. Nous en sommes ainsi venus à parler de la matière histoire, et de la façon dont elle nous avait été enseignée à l'école.

Pour ma part, j'ai été marquée par tout ce qui a trait à la Seconde Guerre Mondiale, notamment la Shoah. Cette période ne me paraissait pas si loin lorsque j'avais 13/14 ans, et elle était très présente dans les programmes scolaires à partir de la 3e.

Comme me l'a expliqué DramaKing, l'enseignement de l'histoire en Tunisie se concentre surtout sur les 200 ans qui ont précédé l'instauration du protectorat français fin XIXe ; si l'indépendance est bien sûr abordée, on passe toutefois rapidement sur Bourguiba pour arriver au fait majeur (et unique) de l'histoire contemporaine, "le Grand Changement", qui marque la prise de pouvoir de Ben Ali en 1987. La formulation est très intéressante, à la fois grandiloquente et évasive.

Extrait du site Tunisie.com : "Le 7 novembre 1987 : le Premier Ministre Zine El Abidine Ben Ali, accède conformément à la Constitution à la magistrature suprême et devient Président de la République Tunisienne.
La succession au pouvoir s'est opérée dans le cadre de la légalité constitutionnelle et de façon pacifique.
Le nouveau régime s'est employé depuis 1987 à consolider le processus démocratique et à réaliser, par une action multidimensionnelle et concertée, le développement et la dynamisation de la vie économique, sociale et culturelle. Ses réussites dans les divers domaines ont été saluées par les plus hautes instances internationales."
Et c'est tout ce que l'on trouve sous le chapitre "Histoire contemporaine".

Cette conversation m'a rappelé que l'histoire en tant que domaine d'étude et d'enseignement est un enjeu éminemment politique.

Mais j'ai aussi réalisé à quel point je m'étais forgée une image fausse et aseptisée de la Tunisie. Parce que ce pays apparaît comme le "bon élève" du Maghreb et du monde arabe : laïcité, place des femmes, lutte contre l'extrémisme musulman, jeu des institutions internationales et du système capitaliste. Et parce que la Tunisie est aujourd'hui cette destination exotique et ensoleillée à bas prix, la destination facile par excellence, d'un pays dont on ignore la culture, l'histoire et la réalité avec un mépris vaguement post-colonialiste.

DramaKing et ses amis se vivent pratiquement comme des réfugiés politiques. Il m'a dit un jour que la plupart d'entre eux auraient fini en prison s'ils n'étaient pas partis. Je n'avais pas compris alors, je ne le pouvais pas.

Dimanche dernier, nous sommes allés voir "Les chats persans" de Bahman Ghobadi. J'en suis ressortie en larmes. C'est un film magnifique : d'une générosité incroyable, moderne, vivant, passionnant, bouleversant. Un hommage vibrant à la musique, au cinéma, à la jeunesse, à la révolte, à la liberté. Qui montre l'Iran sous un visage totalement méconnu jusque là. Mais qui finit mal, très mal. Pas seulement le film : après avoir tourné en une quinzaine de jours, Bahman Ghobadi et ses acteurs ont été obligés de s'exiler ; et la répression actuelle tourne au bain de sang.

DramaKing et moi avons tous deux pensé à la Tunisie. La situation y est certes moins dramatique qu'en Iran. Mais c'est le même phénomène d'étouffement de toute expression libre, qu'elle soit politique ou artistique.

Je me demande où est l'espoir quand il n' y a pas d'autre alternative que la résignation, la mort ou la fuite. Mais moi je ne suis que spectatrice de l'Histoire en train de se faire. Je n'ai même pas toujours le courage de vraiment la regarder. Et pour être tout à fait honnête, j'espère ne jamais être confrontée à ce type de choix.

vendredi 8 janvier 2010

Les femmes que j'aime

Tribute to Aurora

J'ai eu l'idée de ce post le 22 décembre dernier lorsque, me rendant sur le blog d'Aurora, j'ai constaté qu'elle avait décidé de cesser d'y écrire. Note de mon carnet ce jour là : "J'ai énormément de peine, parce que cette femme là, c'est tout ce que j'aime et tout ce que je voudrais être." J'ai voulu me joindre à ses lecteurs et laisser un commentaire sur son dernier post (http://auroraweblog.karmaos.com/). Quelque chose qui aurait dit ma tendresse, mon admiration, mon soutien, ma tristesse de l'avoir perdue alors que je venais à peine de la rencontrer. Je n'ai pas osé. Mais je savais que je lui écrirais ici, même si elle devait ne jamais me lire. Je lui écrirais à elle, mais aussi à toutes les femmes que j'aime : celles que je trouve si belles, qui me touchent, m'éblouissent, me rassurent, me ressemblent, m'accompagnent.

Il y a ces trois femmes, que j'ai découvertes récemment.

Joumana Haddad, fondatrice et rédactrice en chef de Jasad, premier et unique magazine culturel du monde arabo-musulman consacré au corps et à la sexualité (http://www.jasadmag.com/en/index.asp). Elle est magnifique, poète et journaliste, parle au moins trois langues, et doit vivre sous protection, parce qu'ayant redonné sa place au corps, elle risque désormais sa propre peau.

Alona Kimhi, écrivain israélienne. Je suis tombée complètement par hasard sur un recueil de quatre nouvelles, Moi Anastasia. J'ai été très marquée par la troisième : l'histoire d'une môme obèse dans un asile de fous, qui chronique avec un humour noir et tendre de clown triste, son désespoir et celui de ses compagnons.

Hindi Zahra, vue à la Bellevilloise lors de la dernière Nuit Zébrée parisienne en décembre : petit bout de femme magnétique dont toute une salle de concert tombe éperdument amoureuse en quelques chansons. J'avais ressenti la même chose il y a quelques années à un concert de Keren Ann au moment de la sortie de son 2e album, La Disparition.

Il y a mes amies...

S., qui m'a dit un jour qu'elle appréciait de plus en plus l'amitié féminine, parce qu'avec l'âge, la rivalité sous-jacente laisse place à une admiration mutuelle sincère, qui permet des relations de compréhension et de solidarité authentiques et précieuses.

C., Lady C., La Voix de la Raison, Mata Hari, la seule avec laquelle je peux vraiment parler de sexe, du sexe comme je l'aime, la première à qui j'ai présenté DramaKing. C. qui est aujourd'hui amoureuse folle d'une jeune homme expert en shibari, de 10 ans son cadet.

A., 4 enfant, 4 filleuls (dont Axel), ingénieur automobile, dont la maison est toujours ouverte : pour un dîner, une fête d'anthologie, pour y passer la nuit ou des mois en cas de galère. A. gère tout et tous, avec une énergie et une générosité sans faille.

L., lumineuse, incapable de mentir, de tricher, de dissimuler, parfois exaspérante de franchise (et de vérité), comme les enfants lorsqu'ils n'ont pas encore intégré le sens des conventions sociales. L. que j'ai perdue et que j'aimerais tant retrouver.

C., que je connais depuis peu, l'une des premières à qui j'ai donné le lien vers ce blog. Adorablement jolie, vive, fantaisiste, sans aucun artifice. S'est précipitée à Lyon pour retrouver l'homme de sa vie qu'elle n'avait vu qu'une fois pendant 10 minutes à l'aéroport de Kuala Lumpur plusieurs mois auparavant.

L., qui m'a redonné le goût de la féminité, de la danse et de la fête, après que j'ai passé une année en mode robot suite à ma séparation. L. qui m'a initiée à la salsa, au Vélib, à l'art de dégotter les plus jolies robes dans le fatras des portants suédois. Ma petite L. pleine de questions.

C., ma meilleure amie depuis plus de 11 ans maintenant, la marraine de Pierre. Toujours là lorsque j'ai besoin d'elle, dans les moments heureux comme difficiles. Ce que je n'ai pas réussi à lui rendre malheureusement. C., courageuse, opiniâtre, qui résiste par l'humour aux situations les plus complexes.

... Et toutes les autres, les proches et moins proches, rencontrées au cours de mes études, au travail, via des amis communs, mes parents..., de mon âge, plus jeunes ou plus âgées que moi, les "anciennes", les récentes, les en couple, les célibataires, mères de famille ou non.

Mes amies sont belles, fortes, admirables. Elles se battent pour leur boulot, pour leur homme, pour leur amour, pour leurs mômes, pour elles-mêmes et parfois pour moi.

Il y a ma mère, qui m'a transmis sa passion du savoir, de la culture, de l'art, des livres bien sûr. Mais parce qu'elle est si secrète, si attachée à son intégrité, j'ai souvent le sentiment qu'elle ne me comprend pas et qu'elle me juge. Ma mère de son côté pense que je continue à me construire contre elle. Sur certains points (la sexualité, l'attrait pour le plaisir et la légèreté, le rapport à la féminité et à l'apparence physique, la façon d'assumer le rôle de parent...) elle a raison. Mais elle ne sait pas assez à quel point je revendique aussi son héritage.

Enfin, parmi les femmes que j'aime, il y a Aurora, à qui ce post est dédié. Je veux croire en effet qu'un soleil nouveau se lèvera bientôt pour vous...

dimanche 3 janvier 2010

Je ne suis plus la poupée qui dit non


La nuit dernière, j'ai dit à DramaKing que je voulais dormir avec mon collier, et ma laisse, enroulée autour de son poignet. Je lui ai dit : "Tiens-moi."

Dans la matinée, j'avais fini ce livre de Pierre Bourgeade, Eloge des fétichistes, dont Aurora avait si bien parlé (http://auroraweblog.karmaos.com/post/1979). Aurora a cessé son blog le 18 décembre dernier, j'y reviendrai.

Eloge des fétichistes donc : un testament jubilatoire, un hymne à l'amour, à la vie, aux mots, à l'extraordinaire fertilité de l'imagination humaine, une profession de foi autant qu'un legs de liberté absolue.

Il y a une nouvelle en particulier, où deux ours achètent une petite humaine domestique dont personne ne veut parce qu'elle est aveugle. La petite s'apprivoise, découvre sa niche et sa litière, fait ses besoins, se lave consciencieusement, et témoigne sa reconnaissance en venant, comme le ferait un chat, blottir sa tête sur les genoux de l'Ourse.
Dans un premier temps, DramaKing et moi n'avons pas été capables de dire pourquoi cette nouvelle nous a autant troublés et touchés. Puis j'ai pensé à Boucles d'Or, mais aussi à la Planète des Singes et à King Kong, sans la révolte de la prétendue dignité des hommes. J'ai eu le sentiment d'entrer dans un monde parallèle aussi crédible que le nôtre, un monde qui appartiendrait à des temps à la fois très anciens et hors du temps, et dont j'aurais des réminiscences. Comme si j'avais été, dans une autre vie, une autre dimension, cette humaine adoptée par un couple d'ours. Comme si je reconnaissais avec bonheur cet état de sujétion totale, sans pensée, sans conscience, ancré dans un présent permanent, libéré de toute aspiration autre que la bienveillance des maîtres.

Voilà où nous transporte Bourgeade : aux confins de notre humanité et de notre raison. C'est un voyage fabuleux.

Ce manifeste de liberté, comme mes échanges avec DramaKing et tout ce qu'il me fait découvrir m'encouragent à changer de posture. Je ne suis plus la poupée qui dit non en pensant oui. Je dis oui, en adulte, je le dis parce que je le veux. Plus de minauderies, j'ai la volonté d'assumer la pleine et entière responsabilité de mes propres désirs.

Je me suis rarement sentie aussi libre qu'au bout de la laisse tenue par DramaKing. Parce que c'est exactement ainsi que je voulais être.

dimanche 20 décembre 2009

Derrière les fenêtres

Ce tableau d'Edward Hopper ("Fenêtres la nuit", 1928) me renvoie à "Fenêtres de Manhattan", d'Antonio Munõz Molina, que j'ai lu en mars dernier. Ce n'est pas un hasard, Molina lui-même cite Hopper.

Ce livre a nourri certains de mes penchants les plus affirmés. Mon fantasme new-yorkais toujours inassouvi bien sûr, mais aussi...

... Une tentation voyeuriste, j'ai toujours aimé regarder derrière les fenêtres, particulièrement la nuit, les lumières m'attirent, j'ai envie de me projeter avec ceux qui sont à l'abri, dans la chaleur, je deviens eux que je ne connais pas :
"Mais cette vision est celle de celui qui se promène de nuit dans un quartier tranquille de New-York, dans les rues résidentielles de Chelsea ou de l'Upper West Side et qui, depuis l'ombre des trottoirs, regarde par les fenêtres de salles à manger, de bibliothèques ou de petits bureaux des scènes fragmentaires tirées de la vie d'inconnus : personnes qui lisent le journal à côté d'une lampe allumée dans un fauteuil aussi rouge et large que certains des fauteuils de Hopper, ou qui restent à réfléchir au milieu d'une pièce, cherchant à se rappeler une chose qu'ils devaient faire ou chercher et qu'ils ont oubliée. Alors l'encadrement de la fenêtre devient le cadre exact d'une peinture, et cet homme ou cette femme qui font quelque chose ou réfléchissent à un sujet banal, et qui ne sont ni plus riches ni plus séduisants que nous, ni pourvus d'une vie mémorable que la nôtre, acquièrent à la lumière de la lampe, à travers l'éloignement et l'ombre qui les séparent de la rue, le mystère d'une chose que nous aimerions connaître et que nous ne découvrirons jamais, le prestige d'une existence harmonieuse, protégée, sereine, peut-être trop réfléchie et un peu mélancolique, plus consistante que la nôtre."

... Mon goût pour l'intimité, le confort, la tranquille activité du dimanche, la douceur d'une vie organisée autour de quelques essentiels, l'intérieur et l'intériorité comme points d'ancrage :
"Nous donnerions n'importe quoi pour habiter dans cette pièce que nous voyons depuis le trottoir, pour mener cette vie qui nous semble tellement faite d'habitudes solides, entourée d'objets précieux et ennoblis par l'usage, de ces cadres peut-être dorés, de ces livres aux couvertures sombres qui sont sans doute des chefs-d'œuvre et dans la lecture desquels nous aimerions nous plonger à la lumière de cette lampe, installés dans ce fauteuil proche de la fenêtre, dans ce calme et dans ce silence qu'interrompent à peine les pas d'un inconnu qui passe dans la rue."
"Il y a ici un art du petit déjeuner, comme celui de tant d'autres choses quotidiennes, l'art de partir le dimanche matin pour une brocante ou celui de lire avec méthode et placidité les innombrables cahiers du journal, ou encore de se promener dans Central Park en profitant avec une simultanéité inhabituelle de la nature et des artifices humains."

... Ma passion pour les livres, cette gourmandise immense et déjà frustrée que Molina décrit si bien, et qui me saisit tout particulièrement quand je me trouve dans une bibliothèque ou une librairie :
"Quel plaisir, quelle envie de livres éclatants comme des pains à la croûte dorée, et moi qui me promène au milieu d'eux qui me tentent presque tous [...] Chaque livre est une invite excitante et aussi un début de remords anticipé, une promesse de sensations, de mots, de savoirs et de mondes, et l'avertissement de ce que l'on ne peut pas lire tous les livres qu'on voudrait. Le temps manquera toujours et celui qu'on consacrera à l'un on le refusera à un autre, et on ne pourra jamais tenir pour satisfait cet appétit de lecture, ce vice impuni selon Valéry Larbaud."

J'ai repensé à Hopper et à ce livre grâce à une photo de Jeffrey Silverthorne à l'exposition que nous avons vue vendredi soir (http://www.galerievu.com/series.php?id_reportage=96&id_photographe=25, photo 29). C'est DramaKing qui m'a montré le lien avec Hopper.

Tout au long de ce week-end si plein de ce que j'aime, de ce que nous aimons, j'étais au cœur de mon rêve : des photos, de la musique (aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, Hindi Zahra : http://www.myspace.com/zahrahindi), de la fête, de l'alcool, de la danse (1ère fois avec DramaKing !!!), du désir, de la jouissance, des déferlements de tendresse, des discussions, des déclarations, de la quiétude, du cocooning.

Il y a tout ça derrière nos fenêtres...

jeudi 17 décembre 2009

Le saut de l'ange


Une fois n'est pas coutume, il y aura une photo prise par moi sur ce blog. Je ne risque pas de concurrencer DramaKing avec ça, mais ce petit bonhomme de neige trouvé ce soir dans la cour en rentrant dans ma maison de poupée m'a mise en joie.

Il y a des petits signes comme ça qu'il faut savoir détecter et apprécier à leur juste valeur.
La neige en était un aujourd'hui pour nous. La neige de Noël a un parfum d'enfance. DramaKing et moi sommes des enfants gâtés. Nous jouons avec nos cadeaux en les abîmant un peu, pour mieux les chérir ensuite.

Lorsque DramaKing plonge, il me semble que je suis la seule à pouvoir le sauver. Lorsque je plonge, sans le savoir, il intervient à temps. Nous continuons à nous apprendre en nous reconnaissant toujours davantage. Chacun est le miroir de l'autre et lui renvoie sa part de rêve, sombre et lumineuse.

C'est exigeant et fatigant cet amour passionné, tissé de contradictions, attirance et parfois répulsion, que notre gémellité de reflets implique. Un de ces trop beaux et rares cadeaux offerts par la vie ; de ceux que l'on doit accepter avec grâce, décision et reconnaissance.

Croire que nous le méritons. Croire que nous saurons le préserver. Croire que dans le saut de l'ange, nous saurons ensemble voler le plus longtemps et le plus loin possible sans nous brûler les ailes.

lundi 14 décembre 2009

Mon jardin plus si secret


Je n'aurais pas cru désirer être lue. Et pourtant, c'est bien ce qui se produit.

J'ai beaucoup écrit, depuis l'âge de 10/11 ans, avec quelques longues interruptions, mais toujours pour moi, sans jamais penser à un quelconque lecteur.

Dans le cadre d'un exercice imposé, à l'école, pendant mes études, dans mon travail aujourd'hui, les mots ne me viennent pas facilement. J'ai le goût de la juste formulation, certes, mais un style concis jusqu'à la sécheresse et parfois à la pauvreté. Ce qui fait que je me suis toujours plutôt vue comme une "peine à écrire". Avec le recul, je me dis que les profs ont du bénir mes devoirs lapidaires au regard des piles de copies doubles crachées au kilomètre par mes camarades. Sans effort apparent, ce que j'ai envié pendant des années.

Quand c'est pour moi, c'est plus simple, parce que je ne me soucie pas de l'effet produit. Je me suis servie de l'écriture comme d'une catharsis, un refuge. Pendant ces années où mon mariage avec B. se délitait, et jusqu'à ce que je le quitte pour m'installer chez moi, mes carnets successifs étaient ma maison, le seul endroit où je me retrouvais.

Je n'ai jamais pu me livrer devant mon entourage à cette activité un peu honteuse, presque masturbatoire. Surtout pas devant B. J'ai donc pris l'habitude de m'y consacrer pendant mes trajets en métro. Cette forme d'impudeur me gêne moins en présence d'inconnus. Je le fais encore même si, libérée de la vie de couple aujourd'hui, j'ai plus de temps, et surtout je peux écrire chez moi autant que j'en ressens le besoin. J'ai été triste, parfois, de penser que mon intime identité se trouvait circonscrite à quelques feuilles noircies dans l'indifférence d'une rame de métro.

Alors mes carnets, c'est un drôle de mélange, entre questions "existentielles", listes de courses, notes sur ce que je lis, entends ou vois, petites chroniques de mon petit quotidien, grands élans amoureux jubilatoires ou désespérés, "to-do" longs comme le bras...

J'ai dit que j'avais commencé à écrire à DramaKing en pensant qu'il ne me lirait pas. Mais il me lisait, je l'ai su rapidement, alors j'ai continué avec une intention, une volonté, qui pour la première fois, ne concernait pas que moi. Je me suis prise au jeu. Il m'y a encouragée.

Ce blog est pour le moment la forme la plus aboutie que je puisse donner à ce passage d'une écriture strictement intime à une écriture "publique". Le net, sa facilité, son anonymat, a du révéler ainsi pas mal de vocations. Tout comme dans d'autres formes d'expression artistique d'ailleurs, notamment en musique. On n'est pas "publié", on "publie", sans aucune intervention extérieure, professionnelle, juste avec un ordinateur et une connexion Internet.

C'est magique et terrifiant à la fois. Comment exister dans cet univers foisonnant ? Moi j'en suis encore à ne donner l'adresse de ce blog qu'à quelques rares personnes. Pas parce que je raconte ici des choses très personnelles. L'impudeur ne réside pas dans le contenu, mais dans la folle prétention de croire que cela pourrait intéresser qui que ce soit. Et pourtant je l'avoue, plus j'écris et plus j'ai envie d'être lue.

Mon image de moi-même est en train de changer. Je ne suis plus seulement une sorte de machine parfaitement apte à gérer la contrainte. Je suis capable d'écrire, et de prendre le temps de le faire. Mais cette petite discipline du post quasi journalier est surtout une nécessité. Tout comme ma relation avec DramaKing, elle constitue mon îlot de résistance face au rouleau-compresseur du quotidien. L'écriture est mon espace de liberté. J'ai envie de le partager, et tant pis pour la modestie.

Une dernière chose : DramaKing le sait, il est sans aucun doute la seule personne devant laquelle je pourrais m'adonner sereinement à mon petit "vice"...

dimanche 13 décembre 2009

Dimanche en décembre

J'aime le dimanche.

Le matin, je paresse pendant que les enfants se débrouillent avec le petit déjeuner. Je les entends s'agiter et me dis vaguement qu'il faudrait que je me lève. Mais pas avant d'avoir visité mon lit dans tous les sens.

Il est tard, nous sommes encore tous les trois en pyjama. Il fait froid dehors, il a même un peu neigé ce matin. Mais il fait bon dans notre maison de poupée. Pas envie de sortir du cocon. Savourer l'apaisement.

Ecouter de la musique :
- Kid Circus, They came to play (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/kid%20circus%20they%20came%20to%20play)
- Alex Gopher, The Child (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/alex%20gopher%20the%20child)
- Java, L'amer à boire (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/java%20l%27amer%20%C3%A0%20boire)
- Carlos Valle, Mentira (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/marcos%20valle%20mentira)
- Pressure Drop, Sounds of time (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/pressure%20drop%20sounds%20of%20time)
- Boris Vian, Je bois (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/boris%20vian%20je%20bois)
- Troublemakers, Get misunderstood (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/troublemakers%20get%20misunderstood)
- John Lennon, Instant Karma (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/john%20lennon%20instant%20karma)
- Fefe, VPC (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/fefe%20vpc)

Rêver aux beaux livres dont parle si bien Aurora (http://auroraweblog.karmaos.com/).

Penser à DramaKing, désirer être avec lui.
L'apaisement m'a conquise progressivement après cette nuit fondatrice, terrible et belle. Tout reste à vivre et à construire désormais.

J'ai réfléchi à cette différence qu'il m'a expliquée, entre masochisme et soumission. Là encore, il fait sauter mes défenses. S'oublier, s'adonner totalement, s'abandonner dans la consécration de l'autre, pour lâcher prise, enfin, ne laisser aucune parcelle de soi à l'abri. Cesser de se protéger, avoir en l'autre une confiance absolue : tu me donneras à hauteur de ce que je te donne, tu ne l'utiliseras pas contre moi, tu ne me feras pas de mal, il n'y aura ni peur ni gêne, tout est possible.

Le laisser me photographier, lui décrire mes images intérieures, prononcer son prénom, tout cela participe de la même démarche.

C'est difficile parce que j'ai passé beaucoup de temps à tenter de tout maîtriser, à exercer un contrôle permanent sur mon environnement et sur moi-même.
En général, j'ai recours à l'alcool et/ou à la fatigue pour me libérer. Mais je veux vivre avec une conscience plus aigüe à présent. Je pense que tout ce qui est de l'ordre du jeu (mise en scène, accessoires, scénarii) peut m'aider à sortir de moi-même et à ne plus subir mes propres injonctions.

J'espère et j'attends de DramaKing, patience, bienveillance, indulgence et persévérance.

Je pense à l'exigence absolue qui nous lie. J'ai cet orgueil fou de croire que nous serons à la hauteur.