lundi 14 décembre 2009

Mon jardin plus si secret


Je n'aurais pas cru désirer être lue. Et pourtant, c'est bien ce qui se produit.

J'ai beaucoup écrit, depuis l'âge de 10/11 ans, avec quelques longues interruptions, mais toujours pour moi, sans jamais penser à un quelconque lecteur.

Dans le cadre d'un exercice imposé, à l'école, pendant mes études, dans mon travail aujourd'hui, les mots ne me viennent pas facilement. J'ai le goût de la juste formulation, certes, mais un style concis jusqu'à la sécheresse et parfois à la pauvreté. Ce qui fait que je me suis toujours plutôt vue comme une "peine à écrire". Avec le recul, je me dis que les profs ont du bénir mes devoirs lapidaires au regard des piles de copies doubles crachées au kilomètre par mes camarades. Sans effort apparent, ce que j'ai envié pendant des années.

Quand c'est pour moi, c'est plus simple, parce que je ne me soucie pas de l'effet produit. Je me suis servie de l'écriture comme d'une catharsis, un refuge. Pendant ces années où mon mariage avec B. se délitait, et jusqu'à ce que je le quitte pour m'installer chez moi, mes carnets successifs étaient ma maison, le seul endroit où je me retrouvais.

Je n'ai jamais pu me livrer devant mon entourage à cette activité un peu honteuse, presque masturbatoire. Surtout pas devant B. J'ai donc pris l'habitude de m'y consacrer pendant mes trajets en métro. Cette forme d'impudeur me gêne moins en présence d'inconnus. Je le fais encore même si, libérée de la vie de couple aujourd'hui, j'ai plus de temps, et surtout je peux écrire chez moi autant que j'en ressens le besoin. J'ai été triste, parfois, de penser que mon intime identité se trouvait circonscrite à quelques feuilles noircies dans l'indifférence d'une rame de métro.

Alors mes carnets, c'est un drôle de mélange, entre questions "existentielles", listes de courses, notes sur ce que je lis, entends ou vois, petites chroniques de mon petit quotidien, grands élans amoureux jubilatoires ou désespérés, "to-do" longs comme le bras...

J'ai dit que j'avais commencé à écrire à DramaKing en pensant qu'il ne me lirait pas. Mais il me lisait, je l'ai su rapidement, alors j'ai continué avec une intention, une volonté, qui pour la première fois, ne concernait pas que moi. Je me suis prise au jeu. Il m'y a encouragée.

Ce blog est pour le moment la forme la plus aboutie que je puisse donner à ce passage d'une écriture strictement intime à une écriture "publique". Le net, sa facilité, son anonymat, a du révéler ainsi pas mal de vocations. Tout comme dans d'autres formes d'expression artistique d'ailleurs, notamment en musique. On n'est pas "publié", on "publie", sans aucune intervention extérieure, professionnelle, juste avec un ordinateur et une connexion Internet.

C'est magique et terrifiant à la fois. Comment exister dans cet univers foisonnant ? Moi j'en suis encore à ne donner l'adresse de ce blog qu'à quelques rares personnes. Pas parce que je raconte ici des choses très personnelles. L'impudeur ne réside pas dans le contenu, mais dans la folle prétention de croire que cela pourrait intéresser qui que ce soit. Et pourtant je l'avoue, plus j'écris et plus j'ai envie d'être lue.

Mon image de moi-même est en train de changer. Je ne suis plus seulement une sorte de machine parfaitement apte à gérer la contrainte. Je suis capable d'écrire, et de prendre le temps de le faire. Mais cette petite discipline du post quasi journalier est surtout une nécessité. Tout comme ma relation avec DramaKing, elle constitue mon îlot de résistance face au rouleau-compresseur du quotidien. L'écriture est mon espace de liberté. J'ai envie de le partager, et tant pis pour la modestie.

Une dernière chose : DramaKing le sait, il est sans aucun doute la seule personne devant laquelle je pourrais m'adonner sereinement à mon petit "vice"...

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