vendredi 4 décembre 2009

La solution de facilité


Vendredi soir. Récupéré les Loulous, alias les Poussins, alias les Nains, alias Pierre et Axel.

Ils sont fatigués en ce moment, Axel a des accès de gros chagrin, et Pierre est malheureux. Il s'en est ouvert à sa maîtresse, qui nous a convoqués B. et moi la semaine prochaine. Pierre souffre parce que son père est "trop stressé", "trop dur" avec lui. Mon fils ne se sent pas bien chez B., il a "le coeur gros", et n'ose pas lui parler, de peur de se "faire tuer". Pierre pense que B. aime davantage son travail que ses enfants, "c'est comme une passion, on ne peut pas la changer".

Je m'en veux parce que Pierre avait déjà essayé de m'alerter. Je n'avais pas compris que c'était aussi profond. Je n'ai pas osé compromettre la relation de "parents-partenaires" que nous entretenons B. et moi malgré le désamour, et qui suscite tant d'admiration autour de nous. J'ai juste retenu ce qui me faisait plaisir, à savoir que mes fils sont mieux avec moi qu'avec leur père. Satisfaction mesquine, minable petite vengeance.

Mais je refuse de me vautrer dans la culpabilité, tout comme je veux empêcher à tout prix Pierre de sombrer dans la peur et le désespoir. Je lui avais dit un jour que l'on peut décider, choisir d'être heureux en dépit des circonstances, même si l'on a le droit aussi (et c'est bien de le faire), d'être triste, inquiet, et de l'exprimer. Il s'était réveillé le lendemain en proclamant "la vie est belle !". J'arriverai à lui rendre cette conviction là, je m'y emploierai de toutes mes forces. Alors ce soir, dans notre "petite maison pas moderne" qui me ressemble tant, Axel, Pierre et moi avons "fait l'apéro", mis des bougies, écouté de la musique et bouquiné. C'est ma façon de lutter.

Je suis très loin d'être une mère parfaite. Mais j'ai la volonté d'accompagner mes fils jusqu'à l'âge adulte, et tant qu'ils en auront besoin, en leur transmettant cette conviction profonde : le bonheur est une conquête, le malheur est la solution de facilité. Quand la tristesse, la colère, le ressentiment, la peur, l'impuissance, l'abattement vous étreignent, il est plus facile de s'y laisser aller.

J'ai compris quelque chose très récemment au sujet de DramaKing : c'est un enfant abandonné. C'est pourquoi je lui pardonne sa peur du bonheur. C'est aussi pourquoi je tiens tant à lui. Quand j'étais enceinte de Pierre, ma mère m'avait avertie : avoir un enfant, c'est "une révolution copernicienne." Elle avait raison. Et Dramaking, est pour moi une autre sorte de révolution copernicienne.

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