Ce tableau d'Edward Hopper ("Fenêtres la nuit", 1928) me renvoie à "Fenêtres de Manhattan", d'Antonio Munõz Molina, que j'ai lu en mars dernier. Ce n'est pas un hasard, Molina lui-même cite Hopper.Ce livre a nourri certains de mes penchants les plus affirmés. Mon fantasme new-yorkais toujours inassouvi bien sûr, mais aussi...
... Une tentation voyeuriste, j'ai toujours aimé regarder derrière les fenêtres, particulièrement la nuit, les lumières m'attirent, j'ai envie de me projeter avec ceux qui sont à l'abri, dans la chaleur, je deviens eux que je ne connais pas :
"Mais cette vision est celle de celui qui se promène de nuit dans un quartier tranquille de New-York, dans les rues résidentielles de Chelsea ou de l'Upper West Side et qui, depuis l'ombre des trottoirs, regarde par les fenêtres de salles à manger, de bibliothèques ou de petits bureaux des scènes fragmentaires tirées de la vie d'inconnus : personnes qui lisent le journal à côté d'une lampe allumée dans un fauteuil aussi rouge et large que certains des fauteuils de Hopper, ou qui restent à réfléchir au milieu d'une pièce, cherchant à se rappeler une chose qu'ils devaient faire ou chercher et qu'ils ont oubliée. Alors l'encadrement de la fenêtre devient le cadre exact d'une peinture, et cet homme ou cette femme qui font quelque chose ou réfléchissent à un sujet banal, et qui ne sont ni plus riches ni plus séduisants que nous, ni pourvus d'une vie mémorable que la nôtre, acquièrent à la lumière de la lampe, à travers l'éloignement et l'ombre qui les séparent de la rue, le mystère d'une chose que nous aimerions connaître et que nous ne découvrirons jamais, le prestige d'une existence harmonieuse, protégée, sereine, peut-être trop réfléchie et un peu mélancolique, plus consistante que la nôtre."
... Mon goût pour l'intimité, le confort, la tranquille activité du dimanche, la douceur d'une vie organisée autour de quelques essentiels, l'intérieur et l'intériorité comme points d'ancrage :
"Nous donnerions n'importe quoi pour habiter dans cette pièce que nous voyons depuis le trottoir, pour mener cette vie qui nous semble tellement faite d'habitudes solides, entourée d'objets précieux et ennoblis par l'usage, de ces cadres peut-être dorés, de ces livres aux couvertures sombres qui sont sans doute des chefs-d'œuvre et dans la lecture desquels nous aimerions nous plonger à la lumière de cette lampe, installés dans ce fauteuil proche de la fenêtre, dans ce calme et dans ce silence qu'interrompent à peine les pas d'un inconnu qui passe dans la rue."
"Il y a ici un art du petit déjeuner, comme celui de tant d'autres choses quotidiennes, l'art de partir le dimanche matin pour une brocante ou celui de lire avec méthode et placidité les innombrables cahiers du journal, ou encore de se promener dans Central Park en profitant avec une simultanéité inhabituelle de la nature et des artifices humains."
... Ma passion pour les livres, cette gourmandise immense et déjà frustrée que Molina décrit si bien, et qui me saisit tout particulièrement quand je me trouve dans une bibliothèque ou une librairie :
"Quel plaisir, quelle envie de livres éclatants comme des pains à la croûte dorée, et moi qui me promène au milieu d'eux qui me tentent presque tous [...] Chaque livre est une invite excitante et aussi un début de remords anticipé, une promesse de sensations, de mots, de savoirs et de mondes, et l'avertissement de ce que l'on ne peut pas lire tous les livres qu'on voudrait. Le temps manquera toujours et celui qu'on consacrera à l'un on le refusera à un autre, et on ne pourra jamais tenir pour satisfait cet appétit de lecture, ce vice impuni selon Valéry Larbaud."
J'ai repensé à Hopper et à ce livre grâce à une photo de Jeffrey Silverthorne à l'exposition que nous avons vue vendredi soir (http://www.galerievu.com/series.php?id_reportage=96&id_photographe=25, photo 29). C'est DramaKing qui m'a montré le lien avec Hopper.
Tout au long de ce week-end si plein de ce que j'aime, de ce que nous aimons, j'étais au cœur de mon rêve : des photos, de la musique (aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, Hindi Zahra : http://www.myspace.com/zahrahindi), de la fête, de l'alcool, de la danse (1ère fois avec DramaKing !!!), du désir, de la jouissance, des déferlements de tendresse, des discussions, des déclarations, de la quiétude, du cocooning.
Il y a tout ça derrière nos fenêtres...









