mercredi 13 octobre 2010

Il y a des soirs

Il y a des soirs où je me sens particulièrement misérable.
Guettant un signal qui ne viendra pas.
Incapable de sortir de moi-même.
La preuve.
Fatiguée sans parvenir à aller me coucher.
Fumant comme une cheminée, malgré ces douleurs dans mon dos.

Il faudrait pourtant que l'ivresse m'assomme.
Peur du sommeil.
Je lis. J'écoute du jazz à la radio. Je fume. Je ne veux pas m'étendre dans mon lit.
Mes yeux se fermeraient sans doute.
Sur ma tristesse et ma solitude.

Il y a des soirs où mon cocon douillet ne m'est d'aucun réconfort.
Mes enfants ne sont pas là. Je ne peux pas aller les regarder dormir en pleurant.

Il y a des soirs où je suis privée de cet apaisement.
Je fume et je bois.
Je ne mange pas. Je suis mal fichue, je ne garde rien.

Il y a des soirs où je me vautre dans le désespoir.
Mon cœur se serre avec volupté.
Je suis enveloppée de douceur et d'amertume.
Je regarde la nuit avancer. Je la défie. Sur son terrain. Chiche que tu te retireras avant moi.
Elle finira par céder au jour. Moi je l'ai déjà vaincue à plusieurs reprises.
Le corps protestera. Je l'écouterai peut-être.
Je l'aime bien. Il me sert avec courage et dévouement. Je lui demande toujours plus d'efforts.
Il n'est plus si jeune, le pauvre.
J'ai lu qu'on pourrait dans quelques dizaines d'années se maintenir éternellement en bonne santé. Et aussi que les ordinateurs allaient prendre le pouvoir sur l'humanité. Je me demande si mon propre ordinateur écrira mes mots à ma place.
J'ai lu beaucoup de livres ces derniers jours. Je sais que dans une semaine je ne m'en souviendrai plus.
Je suis trop vorace, je ne retiens rien. J'ai été trop longtemps sevrée. Et là, je me goinfre, je me gave jusqu'à l'indigestion. Ce que je ne peux pas manger, je le lis.
Parfois je guette les signes d'Alzheimer chez moi. Je me dis que ce sera ma punition.
Pour avoir trop voulu de la vie, pour avoir été perpétuellement insatisfaite, pour avoir souhaité arrêter le temps, pour avoir détesté mes insuffisances.

Il y a des soirs où je laisse les mots courir et mon corps et mon cœur avoir mal.

Il y a des soirs où je me laisse aller.
Je suis un bon petit soldat, je me reprendrai demain.
Je paierai ma fatigue, les trop nombreuses cigarettes, le vin rouge, les mots qui dansent dans ma tête et ce solo de saxophone en pleine nuit.
Je paierai avec mon ventre gonflé, mes traits tirés, ma gorge douloureuse, mes tempes battantes.
J'établirai un programme strict pour la journée que je me ferai un devoir de respecter à la lettre.
Je me dirai : "Ce soir je me couche tôt."
Je n'en ferai rien.

Il y a des soirs où je me fais ma révolution toute seule sur mon canapé.
Une toute petite révolution qui ne concerne que moi.
Juste me couper du monde. Une bonne fois pour toutes. Cette nuit. Toute la nuit. Et un peu demain matin aussi.
Oser dire que je veux avoir la paix. Rester chez moi à lire, écrire, boire et fumer. Ne plus jamais en sortir. Pas de contraintes, pas de responsabilités. Quitte à ne pas exister, autant que ce soit pour de bon. Je ne vous demande rien, ne me demandez rien.

Il y a des soirs où je suis tellement moi que je ne me reconnais pas.

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