dimanche 20 décembre 2009

Derrière les fenêtres

Ce tableau d'Edward Hopper ("Fenêtres la nuit", 1928) me renvoie à "Fenêtres de Manhattan", d'Antonio Munõz Molina, que j'ai lu en mars dernier. Ce n'est pas un hasard, Molina lui-même cite Hopper.

Ce livre a nourri certains de mes penchants les plus affirmés. Mon fantasme new-yorkais toujours inassouvi bien sûr, mais aussi...

... Une tentation voyeuriste, j'ai toujours aimé regarder derrière les fenêtres, particulièrement la nuit, les lumières m'attirent, j'ai envie de me projeter avec ceux qui sont à l'abri, dans la chaleur, je deviens eux que je ne connais pas :
"Mais cette vision est celle de celui qui se promène de nuit dans un quartier tranquille de New-York, dans les rues résidentielles de Chelsea ou de l'Upper West Side et qui, depuis l'ombre des trottoirs, regarde par les fenêtres de salles à manger, de bibliothèques ou de petits bureaux des scènes fragmentaires tirées de la vie d'inconnus : personnes qui lisent le journal à côté d'une lampe allumée dans un fauteuil aussi rouge et large que certains des fauteuils de Hopper, ou qui restent à réfléchir au milieu d'une pièce, cherchant à se rappeler une chose qu'ils devaient faire ou chercher et qu'ils ont oubliée. Alors l'encadrement de la fenêtre devient le cadre exact d'une peinture, et cet homme ou cette femme qui font quelque chose ou réfléchissent à un sujet banal, et qui ne sont ni plus riches ni plus séduisants que nous, ni pourvus d'une vie mémorable que la nôtre, acquièrent à la lumière de la lampe, à travers l'éloignement et l'ombre qui les séparent de la rue, le mystère d'une chose que nous aimerions connaître et que nous ne découvrirons jamais, le prestige d'une existence harmonieuse, protégée, sereine, peut-être trop réfléchie et un peu mélancolique, plus consistante que la nôtre."

... Mon goût pour l'intimité, le confort, la tranquille activité du dimanche, la douceur d'une vie organisée autour de quelques essentiels, l'intérieur et l'intériorité comme points d'ancrage :
"Nous donnerions n'importe quoi pour habiter dans cette pièce que nous voyons depuis le trottoir, pour mener cette vie qui nous semble tellement faite d'habitudes solides, entourée d'objets précieux et ennoblis par l'usage, de ces cadres peut-être dorés, de ces livres aux couvertures sombres qui sont sans doute des chefs-d'œuvre et dans la lecture desquels nous aimerions nous plonger à la lumière de cette lampe, installés dans ce fauteuil proche de la fenêtre, dans ce calme et dans ce silence qu'interrompent à peine les pas d'un inconnu qui passe dans la rue."
"Il y a ici un art du petit déjeuner, comme celui de tant d'autres choses quotidiennes, l'art de partir le dimanche matin pour une brocante ou celui de lire avec méthode et placidité les innombrables cahiers du journal, ou encore de se promener dans Central Park en profitant avec une simultanéité inhabituelle de la nature et des artifices humains."

... Ma passion pour les livres, cette gourmandise immense et déjà frustrée que Molina décrit si bien, et qui me saisit tout particulièrement quand je me trouve dans une bibliothèque ou une librairie :
"Quel plaisir, quelle envie de livres éclatants comme des pains à la croûte dorée, et moi qui me promène au milieu d'eux qui me tentent presque tous [...] Chaque livre est une invite excitante et aussi un début de remords anticipé, une promesse de sensations, de mots, de savoirs et de mondes, et l'avertissement de ce que l'on ne peut pas lire tous les livres qu'on voudrait. Le temps manquera toujours et celui qu'on consacrera à l'un on le refusera à un autre, et on ne pourra jamais tenir pour satisfait cet appétit de lecture, ce vice impuni selon Valéry Larbaud."

J'ai repensé à Hopper et à ce livre grâce à une photo de Jeffrey Silverthorne à l'exposition que nous avons vue vendredi soir (http://www.galerievu.com/series.php?id_reportage=96&id_photographe=25, photo 29). C'est DramaKing qui m'a montré le lien avec Hopper.

Tout au long de ce week-end si plein de ce que j'aime, de ce que nous aimons, j'étais au cœur de mon rêve : des photos, de la musique (aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, Hindi Zahra : http://www.myspace.com/zahrahindi), de la fête, de l'alcool, de la danse (1ère fois avec DramaKing !!!), du désir, de la jouissance, des déferlements de tendresse, des discussions, des déclarations, de la quiétude, du cocooning.

Il y a tout ça derrière nos fenêtres...

jeudi 17 décembre 2009

Le saut de l'ange


Une fois n'est pas coutume, il y aura une photo prise par moi sur ce blog. Je ne risque pas de concurrencer DramaKing avec ça, mais ce petit bonhomme de neige trouvé ce soir dans la cour en rentrant dans ma maison de poupée m'a mise en joie.

Il y a des petits signes comme ça qu'il faut savoir détecter et apprécier à leur juste valeur.
La neige en était un aujourd'hui pour nous. La neige de Noël a un parfum d'enfance. DramaKing et moi sommes des enfants gâtés. Nous jouons avec nos cadeaux en les abîmant un peu, pour mieux les chérir ensuite.

Lorsque DramaKing plonge, il me semble que je suis la seule à pouvoir le sauver. Lorsque je plonge, sans le savoir, il intervient à temps. Nous continuons à nous apprendre en nous reconnaissant toujours davantage. Chacun est le miroir de l'autre et lui renvoie sa part de rêve, sombre et lumineuse.

C'est exigeant et fatigant cet amour passionné, tissé de contradictions, attirance et parfois répulsion, que notre gémellité de reflets implique. Un de ces trop beaux et rares cadeaux offerts par la vie ; de ceux que l'on doit accepter avec grâce, décision et reconnaissance.

Croire que nous le méritons. Croire que nous saurons le préserver. Croire que dans le saut de l'ange, nous saurons ensemble voler le plus longtemps et le plus loin possible sans nous brûler les ailes.

lundi 14 décembre 2009

Mon jardin plus si secret


Je n'aurais pas cru désirer être lue. Et pourtant, c'est bien ce qui se produit.

J'ai beaucoup écrit, depuis l'âge de 10/11 ans, avec quelques longues interruptions, mais toujours pour moi, sans jamais penser à un quelconque lecteur.

Dans le cadre d'un exercice imposé, à l'école, pendant mes études, dans mon travail aujourd'hui, les mots ne me viennent pas facilement. J'ai le goût de la juste formulation, certes, mais un style concis jusqu'à la sécheresse et parfois à la pauvreté. Ce qui fait que je me suis toujours plutôt vue comme une "peine à écrire". Avec le recul, je me dis que les profs ont du bénir mes devoirs lapidaires au regard des piles de copies doubles crachées au kilomètre par mes camarades. Sans effort apparent, ce que j'ai envié pendant des années.

Quand c'est pour moi, c'est plus simple, parce que je ne me soucie pas de l'effet produit. Je me suis servie de l'écriture comme d'une catharsis, un refuge. Pendant ces années où mon mariage avec B. se délitait, et jusqu'à ce que je le quitte pour m'installer chez moi, mes carnets successifs étaient ma maison, le seul endroit où je me retrouvais.

Je n'ai jamais pu me livrer devant mon entourage à cette activité un peu honteuse, presque masturbatoire. Surtout pas devant B. J'ai donc pris l'habitude de m'y consacrer pendant mes trajets en métro. Cette forme d'impudeur me gêne moins en présence d'inconnus. Je le fais encore même si, libérée de la vie de couple aujourd'hui, j'ai plus de temps, et surtout je peux écrire chez moi autant que j'en ressens le besoin. J'ai été triste, parfois, de penser que mon intime identité se trouvait circonscrite à quelques feuilles noircies dans l'indifférence d'une rame de métro.

Alors mes carnets, c'est un drôle de mélange, entre questions "existentielles", listes de courses, notes sur ce que je lis, entends ou vois, petites chroniques de mon petit quotidien, grands élans amoureux jubilatoires ou désespérés, "to-do" longs comme le bras...

J'ai dit que j'avais commencé à écrire à DramaKing en pensant qu'il ne me lirait pas. Mais il me lisait, je l'ai su rapidement, alors j'ai continué avec une intention, une volonté, qui pour la première fois, ne concernait pas que moi. Je me suis prise au jeu. Il m'y a encouragée.

Ce blog est pour le moment la forme la plus aboutie que je puisse donner à ce passage d'une écriture strictement intime à une écriture "publique". Le net, sa facilité, son anonymat, a du révéler ainsi pas mal de vocations. Tout comme dans d'autres formes d'expression artistique d'ailleurs, notamment en musique. On n'est pas "publié", on "publie", sans aucune intervention extérieure, professionnelle, juste avec un ordinateur et une connexion Internet.

C'est magique et terrifiant à la fois. Comment exister dans cet univers foisonnant ? Moi j'en suis encore à ne donner l'adresse de ce blog qu'à quelques rares personnes. Pas parce que je raconte ici des choses très personnelles. L'impudeur ne réside pas dans le contenu, mais dans la folle prétention de croire que cela pourrait intéresser qui que ce soit. Et pourtant je l'avoue, plus j'écris et plus j'ai envie d'être lue.

Mon image de moi-même est en train de changer. Je ne suis plus seulement une sorte de machine parfaitement apte à gérer la contrainte. Je suis capable d'écrire, et de prendre le temps de le faire. Mais cette petite discipline du post quasi journalier est surtout une nécessité. Tout comme ma relation avec DramaKing, elle constitue mon îlot de résistance face au rouleau-compresseur du quotidien. L'écriture est mon espace de liberté. J'ai envie de le partager, et tant pis pour la modestie.

Une dernière chose : DramaKing le sait, il est sans aucun doute la seule personne devant laquelle je pourrais m'adonner sereinement à mon petit "vice"...

dimanche 13 décembre 2009

Dimanche en décembre

J'aime le dimanche.

Le matin, je paresse pendant que les enfants se débrouillent avec le petit déjeuner. Je les entends s'agiter et me dis vaguement qu'il faudrait que je me lève. Mais pas avant d'avoir visité mon lit dans tous les sens.

Il est tard, nous sommes encore tous les trois en pyjama. Il fait froid dehors, il a même un peu neigé ce matin. Mais il fait bon dans notre maison de poupée. Pas envie de sortir du cocon. Savourer l'apaisement.

Ecouter de la musique :
- Kid Circus, They came to play (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/kid%20circus%20they%20came%20to%20play)
- Alex Gopher, The Child (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/alex%20gopher%20the%20child)
- Java, L'amer à boire (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/java%20l%27amer%20%C3%A0%20boire)
- Carlos Valle, Mentira (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/marcos%20valle%20mentira)
- Pressure Drop, Sounds of time (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/pressure%20drop%20sounds%20of%20time)
- Boris Vian, Je bois (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/boris%20vian%20je%20bois)
- Troublemakers, Get misunderstood (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/troublemakers%20get%20misunderstood)
- John Lennon, Instant Karma (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/john%20lennon%20instant%20karma)
- Fefe, VPC (http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/fefe%20vpc)

Rêver aux beaux livres dont parle si bien Aurora (http://auroraweblog.karmaos.com/).

Penser à DramaKing, désirer être avec lui.
L'apaisement m'a conquise progressivement après cette nuit fondatrice, terrible et belle. Tout reste à vivre et à construire désormais.

J'ai réfléchi à cette différence qu'il m'a expliquée, entre masochisme et soumission. Là encore, il fait sauter mes défenses. S'oublier, s'adonner totalement, s'abandonner dans la consécration de l'autre, pour lâcher prise, enfin, ne laisser aucune parcelle de soi à l'abri. Cesser de se protéger, avoir en l'autre une confiance absolue : tu me donneras à hauteur de ce que je te donne, tu ne l'utiliseras pas contre moi, tu ne me feras pas de mal, il n'y aura ni peur ni gêne, tout est possible.

Le laisser me photographier, lui décrire mes images intérieures, prononcer son prénom, tout cela participe de la même démarche.

C'est difficile parce que j'ai passé beaucoup de temps à tenter de tout maîtriser, à exercer un contrôle permanent sur mon environnement et sur moi-même.
En général, j'ai recours à l'alcool et/ou à la fatigue pour me libérer. Mais je veux vivre avec une conscience plus aigüe à présent. Je pense que tout ce qui est de l'ordre du jeu (mise en scène, accessoires, scénarii) peut m'aider à sortir de moi-même et à ne plus subir mes propres injonctions.

J'espère et j'attends de DramaKing, patience, bienveillance, indulgence et persévérance.

Je pense à l'exigence absolue qui nous lie. J'ai cet orgueil fou de croire que nous serons à la hauteur.

vendredi 11 décembre 2009

Ma danse de sioux heureuse


J'ai dansé dans la rue pour défier la souffrance
J'ai dansé avec mes enfants
Pour leur montrer que j'étais toujours là
J'ai dansé dans des endroits où l'on danse,
Et j'ai senti sur moi des regards d'hommes qui n'étaient pas lui

J'ai dansé comme on implore
J'ai dansé comme on prie
J'ai dansé comme on invoque

J'étais un vase lourd de larmes prêt à se briser
J'étais une offrande refusée
J'étais un corps en suspens
Hors de la vie, hors de moi, hors du temps

Tout m'est rendu. Ni fantôme, ni ombre,
Je m'incarne et rayonne à nouveau
Et je t'entraîne DramaKing, dans ma danse de sioux heureuse

jeudi 10 décembre 2009

Vivre, c'est ça l'idée

Ne pas se laisser bouffer par la routine et le stress.
Ne pas avoir peur.
Ne pas cesser de lutter contre tout ce qui empêche de rêver.
Travailler ses passions.
Donner le meilleur de soi-même.
Lire, écouter, regarder.
Ecrire, photographier.
Aimer, échanger, partager.
Manger, boire, baiser, danser.
Etre sensible au monde, élever constamment son niveau de conscience.
Vouloir tout embrasser.
Aller toujours plus loin.
Préférer être frustré que se contenter de peu ou de ce que l'on maîtrise.
Se mettre en danger...
... Sans se perdre.
Préférer la quête au but, le chemin à la destination.
Etre pleinement présent à chaque instant.

lundi 7 décembre 2009

L'Assassin, espoir des femmes

Cette pièce d'Oskar Kokoschka fut représentée pour la 1ère fois à Vienne en 1909. Elle fit scandale, tout comme l'affiche. La trame était simple : "l'Homme", à la tête d'une troupe de soldats, rencontre "la Femme" et sa suite. L'Homme marque au fer rouge la Femme qui, en retour, lui porte un coup de poignard et le fait prisonnier. Prise elle-même au piège de l'amour-haine, elle le tire du cachot. Mais l'Homme, qui approche de la mort, est encore capable de libérer une force irrésistible : au contact de sa main tendue, la Femme meurt.

Oskar Kokoschka représentait ainsi une guerre des sexes sans merci. Les rapports homme-femme sont régis par l'agressivité et la violence, l'amour et la mort sont inextricablement liés.

Il avait alors seulement 23 ans. En 1912, il rencontre Alma Mahler, veuve du compositeur Gustav Mahler. Leur histoire prend fin 2 ans plus tard. Oskar Kokoschka, toujours fou amoureux, commande à une créatrice de marionnettes rencontrée à Munich en 1917, une effigie grandeur nature d'Alma qu'il tente de faire aussi ressemblante que possible à l'original. Je ne suis pas spécialiste de l'histoire des poupées gonflables, mais enfin il se pourrait bien que ce soit la première, non ?

L'amour, la mort et la folie... Mais Oskar Kokoschka est mort de sa belle mort en 1980, presque centenaire.

Ce matin, j'étais dans une rage folle contre DramaKing. Je voulais écrire un post sanglant que j'aurais intitulé "colère", et entamer ainsi une série sur les 7 péchés capitaux. Puis j'ai pensé à cette affiche, et replonger dans mes viennoiseries m'a apaisée. Tout comme la discussion qui a suivi avec DramaKing...