samedi 12 février 2011

J'aime écrire

http://www.mariemorel.net/

Nous sommes allés cet après-midi DramaKing et moi voir une exposition de Marie Morel à l'Espace des Femmes. Nous avions raté celle de l'année dernière à la Halle Saint-Pierre, qui devait être bien plus importante. Mais les quelques œuvres qui étaient présentées là sont très récentes, et témoignent d'une activité artistique intense, variée mais cohérente. C'est un univers très particulier, doux, intime, féminin, parfois sombre aussi, apaisant et inquiétant à la fois, qui donne envie de vivre quoiqu'il en soit, en totale conscience.

Un texte de Charles Juliet, entre autres, accompagnait cette exposition, et je ne résiste pas à l'envie de le reproduire ici :
"Marie Morel est portée par sa passion pour la peinture. Une passion exigeante, dévorante, à laquelle son existence est assujettie. Car son travail ne se limite pas aux heures qu'elle passe dans son atelier. C'est constamment qu'elle est en alerte, qu'elle demeure attentive à ses sensations, ou bien qu'elle tombe en arrêt devant telle ou telle chose - une feuille morte, une pierre, une fleur, un arbre, un volet qui se détache sur un mur, tous deux de couleurs différentes... Elle a toujours dans une poche ou à portée de main un carnet sur lequel elle prend des notes, écrites ou dessinées. Ainsi elle engrange des matériaux, garde la trace d'une émotion, d'une découverte, d'un émerveillement, ne cesse de savourer ce qui lui est offert, d'être en prise sur le monde et la vie. (...)
Depuis de longues années, elle se soumet à une stricte discipline, et parce que les jours fuient, que chaque minute est précieuse, que chaque toile exige de nombreuses heures de travail, elle veille à ne jamais perdre son temps. Animée d'une force de caractère peu commune, elle adhère pleinement à elle-même, à sa passion, à la vie. Quand on la rencontre, qu'on perçoit ce qui l'habite, on comprend que tout autant que William Blake, elle pourrait affirmer que 'l'énergie est joie perpétuelle'."

Ceci, notamment les dernières phrases, pourrait faire office pour moi de règles de vie. Je suis bien loin malheureusement, d'un tel idéal. Mais c'est bien ce à quoi j'aspire : l'éveil constant sur le monde, la volonté et le travail au service d'une œuvre (qui, dans mon cas, sera peut-être simplement la quête de soi), le rapport au temps enfin maîtrisé, ou du moins apprivoisé.
Le temps... Mon meilleur ennemi. Je crains le vide comme la mort, je trouve la vie trop courte, et pourtant je suis une paresseuse coupable, le plus souvent déchirée entre des désirs contradictoires qui me paralysent. Aussi je m'ordonne de rechercher, créer, savourer et fixer autant que possible des instants d'éternité, comme cet après-midi avec DramaKing, l'exposition, notre marche dans Paris, et la soirée à venir.

Il y avait en particulier un tableau, "J'aime écrire", qui m'a beaucoup touchée. Il m'a semblé qu'il parlait de moi évidemment, avec ses petites phrases telles que "Ecrire est une évidence", "Me lirez-vous ?", "Avoir confiance", "Laissez-moi écrire en paix". Chacune d'elles signe une vignette aux couleurs chaudes, au graphisme enfantin, joyeux et grave, mettant en scène un personnage féminin (Marie elle-même ?) dans l'intimité de l'écriture, à un bureau, sur un canapé, environné de livres, de journaux intimes, de crayons...

C'est à Pierre Bourgeade que nous devons, DramaKing et moi, de nous être intéressés à l'art de Marie Morel. Elle est en effet cette jeune femme très mince et très blanche, toujours vêtue de noir, qui vit dans la montagne, et qui lui inspire quelques unes des plus belles pages d'"Eloge des Fétichistes". Pour moi, elle fait désormais partie de ces personnes que je ne connais pas, mais pour qui j'éprouve admiration et tendresse, et sous les auspices desquelles je souhaite placer notre amour.

1 commentaire:

  1. Touchée.
    Vos mots me font échos.
    Quand je me tais, quand je ne peux plus écrire, quand je ne sais plus quoi dire, vous lire me rappelle à l'écriture, m'y ramène.
    Et pour cela merci.
    L'évidence, le travail, la rigueur, l'exercice, exigence!

    Et votre ennemie, qui n'est plus le mien, ou moins, le temps.
    Je souris aux échos de nos écrits à ce sujet.
    j'ai lu aujourd'hui des phrases qui m'ont fait sourire dans un petit livre qui m'a été offert la vie en rose mode d'emploi:
    "Ne gagnez pas du temps.Utilisez-le à fond!" et "Laissez-vous guider par l'étoile au fond de votre coeur"
    ...

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