jeudi 16 décembre 2010
La femme d'à côté
J'avais depuis longtemps envie de revoir "La femme d'à côté", qui m'avait beaucoup marquée adolescente.
On sait dès le départ que le drame est inévitable.
On le sait dès la scène inaugurale, au cours de laquelle Madame Jouve, choeur de cette tragédie et patronne du club de tennis local, raconte le départ d'une ambulance. La mort est déjà présente.
"Cette histoire, nous dit-elle, a commencé 6 mois plus tôt, non en fait 10 ans plus tôt. Non, 6 mois."
Un couple s'installe dans la maison voisine de celle de Bernard, Arlette et leur petit garçon Thomas. La femme de ce couple, Mathilde, la femme d'à côté, et Bernard, se sont aimés 8 ans auparavant. Chacun d'eux dit de l'autre qu'il lui "en a fait baver". Bernard : "Je t'en veux autant du mal que je t'ai fait que du mal que tu m'as fait." Attitude tellement masculine ! En vouloir à l'autre de la souffrance qu'on lui inflige, et de la culpabilité que l'on en éprouve.
Comme ils se retrouvent vite tous les deux ! Amour intact, désir exacerbé par les années de séparation et l'interdit, habitude de deux corps qui se connaissent et se redécouvrent pourtant, souvenirs partagés et présent implacable, tendresse et hostilité mêlées. Certitude de l'impossibilité aussi, d'abord chez Mathilde, puis chez Bernard, mais aucun d'eux ne saura résister à cette passion inguérissable, dont ils ne veulent pas guérir.
J'ai pensé à l'exposition "Brune / Blonde" que j'ai vue la semaine dernière à la Cinémathèque.
Fanny Ardant est la brune absolue : intense, mystérieuse, celle qui fera souffrir, mais qui a souffert aussi, et souffrira encore. Et cette voix si particulière. Bernard : "Elle... Elle est plutôt ténébreuse. Elle fait partie de ces femmes qui n'en finissent pas de chercher midi à quatorze heures."
Arlette, la femme de Bernard, est jolie, souriante, gentille, vive et... Plutôt blonde, du moins châtain clair. Elle a senti l'éloignement de Bernard, mais n'a pas su en deviner la cause. Quand elle l'apprend enfin, elle console son mari comme un enfant. L'idiote qui croit que la compréhension, l'écoute, l'attitude maternelle le ramèneront à elle ! Bien sûr, c'est à ce moment là que l'on découvre, en même temps que Bernard, qu'elle attend leur 2ème enfant. Lorsque Mathilde est finalement hospitalisée pour dépression, Bernard lui rend visite régulièrement. A la demande de son mari, et avec la bénédiction d'Arlette. Une fille bien cette Arlette. Quelle conne !
Madame Jouve, s'adressant à Mathilde : "Quand je vois de beaux cheveux, je ne peux pas m'empêcher de les toucher. Surtout les brunes. Parce que les blondes il y en a trop." Tout est dit.
Ce contraste fait aussi toute la force du film : il s'agit d'un amour sauvage dans un univers lisse, policé, serein. On ne voit pas les saisons passer : il fait éternellement beau, doux et vert sur les courts de tennis. Idée magistrale que de situer cette passion au sein d'une bourgeoisie de province aisée, saine et sportive, incarnée par des personnages corrects et sympathiques. Transparents. Seuls Mathilde et Bernard semblent vivants.
Ils mourront pourtant. Mathilde tue Bernard, puis se tue, au cours d'une ultime étreinte. Eros et Thanatos, on n'en sort pas. Ce sont leurs deux corps que l'ambulance du début emporte. Mathilde sera à jamais "La femme d'à côté" : la voisine ; à côté de la plaque, à côté de ses pompes, à côté de la vie, parce qu'elle ne peut pas être aux côtés de Bernard dans la vie, et qu'elle a choisi de l'être dans la mort.
Madame Jouve nous dit qu'elle aurait voulu pour Bernard et Mathilde une même tombe, et une même épitaphe : "Ni avec toi, ni sans toi."
DramaKing, tu me manques à cet instant.
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