C'est un artiste. Vous avez été la première à lui donner ce titre, à le décréter, le proclamer. Vous l'avez encouragé à suivre sa voie, à s'y engager sans réserve, vous avez martelé les arguments à n'en plus finir : talentueux, jeune, bosseur, passionné et débrouillard, je crois en toi mon amour.
Parce qu'une fois vous lui avez dit que vous ne supportiez pas les "losers", il s'inquiète de savoir si vous l'aimerez toujours lorsqu'il sera un artiste désargenté. Vous lui expliquez alors que ce qui est important pour vous, c'est la passion, le travail, l'intégrité, l'engagement et la volonté, bien plus que le compte en banque, et il se sent rassuré, parce que ces qualités là ne lui font pas défaut, vous le lui avez tant répété, je crois en toi mon amour.
Vous êtes celle dont le regard compte le plus, c'est à vous qu'il parle de ses projets et qu'il montre ses réalisations en avant-première. Il est exigeant, il vous demande de l'être aussi, d'être critique et constructive. Parfois vous vous sentez prise en défaut, vous êtes fatiguée, vous ne vous estimez pas légitime, vous n'êtes pas assez cultivée, votre oeil n'est pas assez aiguisé, la preuve, vous ne connaissez pas la moitié des choses dont il vous parle, et vous en oubliez aussi. Le sentiment de votre incompétence vous accable, tout comme la banalité de votre vie et de vos préoccupations, alors... Dans le doute, vous êtes élogieuse, vous savez qu'il attend plus de vous, que vous le décevez, mais c'est tout ce que vos forces vous permettent : je crois en toi mon amour.
Il dit qu'il est là pour vous lui aussi, pour les petits tracas du quotidien, comme pour les grandes décisions de la vie, pour vous écouter, vous encourager, vous pousser, vous engueuler même. Mais vous n'osez pas beaucoup faire appel à lui, vous ne voulez pas le déranger, et puis vous avez pris l'habitude de vous débrouiller seule et toute dépendance vous pèse. Vous préférez lorsqu'il est fier de vous, alors vous vous essayez à l'écriture : à lui l'image, à vous les mots. Vous décidez vous aussi de changer de vie. Vous n'en pouvez plus de périr d'ennui et de stress, et votre frustration est d'autant plus intense que vous le voyez, lui, prendre son envol sur les ailes de la création. Mais il a du temps quand vous êtes en retard sur tout, il est enthousiaste quand vous êtes seulement épuisée, il a confiance quand vous êtes pétrie de doutes et de peurs, il affine son projet quand vous n'aspirez tout bêtement qu'à faire une pause. Il vous semble que vous tentez vainement et artificiellement de créer une symétrie, afin que chacun d'entre vous puisse dire à l'autre : je crois en toi mon amour.
Vous êtes fière quand d'autres confirment son talent. Vous ne ressentez aucune inquiétude tant qu'il s'agit de vos amis. Mais il y a ceux qui ne savent même pas que vous existez, ou pour qui votre existence n'est qu'un détail insignifiant. Vous les redoutez parce que vous pensez qu'ils risquent de l'entraîner dans des lieux, des univers et des expériences dans lesquels vous n'aurez pas votre place. Vous savez qu'il a besoin de rencontres, de partages et d'échanges, et vous vous en voulez de cette crainte de ne plus être la première et la seule, vous culpabilisez de vouloir l'enfermer, vous avez tellement peur de le perdre. Vous ne laissez rien paraître de tout cela, vous essayez en tout cas, vous jouez le rôle qu'il attend de vous, la parfaite compagne, et vous répétez comme un mantra : je crois en toi mon amour.
Vous voudriez être tellement associée à son art que personne ne puisse l'ignorer et vous nier. Être son unique modèle féminin, ou en tout cas son préféré. Être assez jolie pour que toutes les images qu'il capture de vous soient déjà si prometteuses qu'il ait envie de les travailler en priorité. Vous voudriez que ces photos méritent qu'il y consacre son temps et son talent, plus que celles qu'il a prises d'autres femmes. Vous n'attendez pas qu'il vous fasse plaisir, là n'est pas la question. Vous comprenez ses impératifs artistiques. Ce sont vos propres insuffisances que vous pointez. Vous ne vous aimez pas en ce moment, votre allure, votre teint, vos cheveux, votre silhouette. Vous vous voyez vieillir et vous avez peur de la dégradation des prochaines années. Vous n'arrivez pas à poser pour lui. Parce que vous pensez que même dans une situation "maîtrisée", la magie de son regard ne suffira pas à vous rendre belle, et vous ne voulez pas qu'il le sache lui aussi. Vous manquez de confiance en vous, je crois en toi mon amour.
Vous ne vous sentez pas à la hauteur. Vous pensez qu'il faut vous protéger, et vous avez peur de vous refermer. Vous êtes infiniment triste.
Tout cela n'est qu'une fiction bien sûr : "Toute ressemblance avec des personnes réelles est purement fortuite."
Je crois en toi mon amour.
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