dimanche 6 juin 2010

LuLiz

C'était le point de départ du post d'aujourd'hui : La Vilaine Lulu, bande dessinée d'Yves St-Laurent parue pour la première fois en 1967, dont j'ai pu voir quelques planches à l'exposition du Petit Palais. J'ai fait un petit tour sur le Net pour voir ce qui se disait de cet ouvrage. Et là, surprise ! Je tombe sur des blogs et des vidéos d'obscurs tarés qui proposent une soi-disant "critique" de cette "BD sordide de 1967 dessinée par le Juif Yves St-Laurent, véritable guide initiatique au satanisme pour les enfants !". On retombe avec ces élucubrations dans la théorie du complot judéo-maçonnique mâtinée d'accusations de pédophilie, traite des blanches et luciférisme à usage des enfants (voyons, cette double syllabe "Lu-Lu", c'est bien un signe d'apologie de LUcifer, n'est-ce-pas ?). Et j'oubliais bien sûr le crime majeur d'Yves St-Laurent, son homosexualité notoire !

Bref : c'est rance, vomitif, à pleurer de bêtise crasse. Et ça me donne envie de laisser libre cours à ma facette "vilaine Lulu" !

De quoi parle t-on ? D'une petite fille qui fait beaucoup de bêtises, un peu comme la Sophie de la Comtesse de Ségur ou Mimi Cracra (j'adorais Mimi Cracra quand j'étais petite), mais en beaucoup plus hardcore. Lulu aime faire de vilains gestes, par exemple soulever sa robe et se taper les fesses. Lulu a un rat comme animal de compagnie. Lulu se moque du bébé d'une jeune maman, qui finit par l'abandonner. Lulu traite sa maîtresse de prostituée. Lulu tombe amoureuse et découpe d'autres petites filles pour les offrir en sacrifice à Vénus et obtenir ainsi les faveurs de l'être aimé. Lulu enlève des petites filles qui ne "seront pas perdues pour tout le monde" dit un monsieur élégant et barbichu. Et Lulu n'est pas punie, elle arrive même à infiltrer l'église catholique, à devenir cardinale, et finalement papesse !!!

Yves St-Laurent disait qu'il ne fallait pas lui appliquer le fameux "Madame Bovary c'est moi" de Flaubert. La vilaine Lulu n'est pas lui, elle est nous tous. Elle est nos pensées et nos pulsions inavouables, notre cruauté joyeuse, notre méchanceté jubilatoire.

La vilaine Lulu m'habite quand j'ai envie de flanquer des coups de pied à un ridicule et minuscule caniche promené par une rombière du 8ème dans la rue de Monceau.
La vilaine Lulu est en moi quand j'envoie valser mon costume de superwomaman, quand j'ai la flemme de tout, de faire des courses, de me laver, quand je nourris mes mômes aux Chips et au Nutella, quand je me soûle seule sur mon canapé en fumant des cigarettes à la chaîne, quand je me caresse devant mon miroir en tirant la langue ainsi que me l'ordonne DramaKing, pour me voir comme il me voit.
La vilaine Lulu me hante quand j'imagine DramaKing avec "la Petite". C'est moi qui l'appelle comme ça, de son côté, elle me surnomme "la Dame", et je ne peux rien contre l'arrogance de ses 20 ans. Je l'ai rencontrée en septembre dernier à une soirée d'anniversaire, où elle m'avait allumée assez sérieusement. Je sais maintenant qu'elle en avait fait autant avec DramaKing. Elle a été l'objet de notre première dispute lorsqu'il est revenu. Il aurait voulu faire l'amour, lui, elle et moi. J'ai banni la vilaine Lulu qui me disait d'accepter, parce que j'aurais pu jouir en massacrant la Petite. J'en ai beaucoup voulu à DramaKing de ne pas croire à ma violence folle, mauvaise, "désaxée", "dégénérée", pour reprendre les termes employés par les pourfendeurs d'Yves St-Laurent. Il m'a mise au défi en évoquant sa résistance à elle et m'a obligée ainsi à ne pas le relever. Je crois qu'il accepte mieux ma part sombre désormais.

La vilaine Lulu est une ombre qui m'est familière depuis bien longtemps déjà.
Quand petite fille, à l'arrière de la voiture, je faisais des gestes obscènes au conducteur juste derrière pour l'exciter. On n'est pas loin de la Lulu estampillée YSL montrant ses fesses non ? Suis-je une adepte du satanisme innée puisque personne ne m'y a initiée ?
Quand au collège, assise en cours à côté d'une des meilleures élèves de la classe : bonne famille, bonne catholique, et des seins que je m'arrangeais pour frôler constamment, tandis que je pressais mon pubis contre la barre de mon bureau jusqu'à l'explosion tant désirée. 
Quand je laissais (et encourageais) mon prof de maths en 1ère me draguer de façon éhontée. Je me désespérais d'aller déjà sur mes 16 ans, alors que Nabokov fixe strictement l'âge limite de Lolita à 14.
Quand j'ai séduit ma meilleure amie - et témoin - à quelques jours de mon mariage.
Etc.

Tout cela peut paraître bien sage en définitive. 
Ce qui est sûr, c'est que j'emmerde tous ces abrutis haineux et moralistes : la vilaine Lulu, c'est moi.

1 commentaire:

  1. Quel plaisir de lire ces mots pleins de vérité et de vie! Et qui me questionnent : oserai-je assumer "ma" vilaine lulu! ...

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