dimanche 3 janvier 2010

Je ne suis plus la poupée qui dit non


La nuit dernière, j'ai dit à DramaKing que je voulais dormir avec mon collier, et ma laisse, enroulée autour de son poignet. Je lui ai dit : "Tiens-moi."

Dans la matinée, j'avais fini ce livre de Pierre Bourgeade, Eloge des fétichistes, dont Aurora avait si bien parlé (http://auroraweblog.karmaos.com/post/1979). Aurora a cessé son blog le 18 décembre dernier, j'y reviendrai.

Eloge des fétichistes donc : un testament jubilatoire, un hymne à l'amour, à la vie, aux mots, à l'extraordinaire fertilité de l'imagination humaine, une profession de foi autant qu'un legs de liberté absolue.

Il y a une nouvelle en particulier, où deux ours achètent une petite humaine domestique dont personne ne veut parce qu'elle est aveugle. La petite s'apprivoise, découvre sa niche et sa litière, fait ses besoins, se lave consciencieusement, et témoigne sa reconnaissance en venant, comme le ferait un chat, blottir sa tête sur les genoux de l'Ourse.
Dans un premier temps, DramaKing et moi n'avons pas été capables de dire pourquoi cette nouvelle nous a autant troublés et touchés. Puis j'ai pensé à Boucles d'Or, mais aussi à la Planète des Singes et à King Kong, sans la révolte de la prétendue dignité des hommes. J'ai eu le sentiment d'entrer dans un monde parallèle aussi crédible que le nôtre, un monde qui appartiendrait à des temps à la fois très anciens et hors du temps, et dont j'aurais des réminiscences. Comme si j'avais été, dans une autre vie, une autre dimension, cette humaine adoptée par un couple d'ours. Comme si je reconnaissais avec bonheur cet état de sujétion totale, sans pensée, sans conscience, ancré dans un présent permanent, libéré de toute aspiration autre que la bienveillance des maîtres.

Voilà où nous transporte Bourgeade : aux confins de notre humanité et de notre raison. C'est un voyage fabuleux.

Ce manifeste de liberté, comme mes échanges avec DramaKing et tout ce qu'il me fait découvrir m'encouragent à changer de posture. Je ne suis plus la poupée qui dit non en pensant oui. Je dis oui, en adulte, je le dis parce que je le veux. Plus de minauderies, j'ai la volonté d'assumer la pleine et entière responsabilité de mes propres désirs.

Je me suis rarement sentie aussi libre qu'au bout de la laisse tenue par DramaKing. Parce que c'est exactement ainsi que je voulais être.

1 commentaire:

  1. Liz,

    Je vous découvre, je vous lis et je prends plaisir à vous lire...
    Quant à mon propre blog, cela prendra certainement du temps mais je ne désespère pas que la grâce des mots me revienne et que je puisse alors en ouvrir à nouveau les fenêtres côté soleil, un soleil nouveau...

    Bien cordialement,

    Aurora.

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