samedi 1 mai 2010
To switch or not to switch ?
Il y a peu, pour la première fois, c'est moi qui ai attaché DramaKing. Impression étrange, inédite, et terriblement excitante, de traverser le miroir : Alice au Pays des Merveilles toujours. Et pourtant, les rôles ne se sont pas complètement inversés : je suis restée douce, il donnait les ordres.
DramaKing à ma merci : il était beau, semblait plus mince encore que d'habitude, très jeune, fragile, vulnérable. Je n'osais pas vraiment le regarder, parce que mon désir de le brutaliser devenait si fort, j'avais peur de m'y laisser aller, de ne plus le contrôler.
Il n'est pas si facile d'être celui qui domine : je t'attache, tu es à moi, je te bats, je te fouille, je te contrains, je te fais mal... Il faut assumer pleinement cette posture, soumettre sans réserve et sans compromis. Mais aussi écouter l'autre, ses peurs et ses désirs, et l'aider à repousser ses limites. La domination de DramaKing est généreuse : elle n'a d'autre objectif qu'un plaisir partagé. Elle est par conséquent maîtrisée. Il sait être à la fois complètement dedans et suffisamment dehors, pour donner, plus encore que pour prendre.
Je l'admire pour cela, moi je ne m'en sens pas capable aujourd'hui.
Enfin, "switcher", est-ce pour nous l'ultime transgression ? Nos jeux, pour n'être pas tout à fait conventionnels, sont pourtant régis par des conventions. Il faut une sacrée dose de liberté et de confiance pour sortir des rôles que nous nous sommes naturellement attribués, abandonner nos repères, quitter nos chemins balisés.
C'est un défi assez tentant...
vendredi 23 avril 2010
Comme un naufrage
J'avais ce titre en tête depuis deux mois. Je ne savais pas trop quoi en faire. J'avais dit ça à DramaKing une fois, après l'amour. Le caractère a priori négatif de l'évocation m'avait déconcertée, parce que c'était mon bonheur au contraire, que je voulais exprimer. Mais je sentais qu'il y avait dans cette idée de naufrage quelque chose de très juste.J'ai compris pourquoi.
Pendant l'amour... Je m'accroche à toi DramaKing, parce que tout tourne, et tangue autour de moi, tout devient flou et inexistant.
Tu es mon unique repère, le centre de mon univers, mon point d'ancrage, la seule preuve de ma réalité.
C'est comme un naufrage, parce que le monde s'écroule mais moi, je vis par mon sexe empli de toi, mes mains qui s'agrippent à tes épaules, mon souffle qui se mêle au tien.
Et plus je suis contrainte, entravée, moins j'ai de maîtrise sur le chaos qui m'environne, par conséquent plus je dois m'abandonner, m'en remettre à toi, te faire une confiance totale.
J'ai besoin de toi pour ne pas me laisser submerger par le stress et la routine, l'angoisse du temps qui passe, la peur de vivre à côté.
Je fête ce soir mon anniversaire, avec mes amis, dans la maison de poupée. J'ai eu 32 ans le 8 avril. Je me sens très jeune et très vieille. Je suis follement heureuse et parfois traversée d'éclairs noirs. Je vis dans le présent mais je n'ai pas peur de l'avenir. Je suis insignifiante et je suis toute-puissante. J'ai quelques croyances, entre autres celle-ci : ça vaut le coup. Pour l'amour, le sexe, l'amitié, les enfants, la musique, les mots, les images, Paris, la nuit, la mer et le soleil... Ca vaut le coup de n'être qu'un point dans l'univers, et de s'émerveiller malgré tout, d'exalter sa conscience, et de donner corps à la légèreté.
DramaKing m'emporte loin du naufrage, il me ramène à la vie, à moi-même. DramaKing est mon
sauveur, mon héros et mon maître. J'en souris en l'écrivant : un peu de second degré et une immense douceur.
lundi 5 avril 2010
Après l'amour

Après l'amour, nous parlons.
Après l'amour, je me fiche de la tête que je peux avoir.
Après l'amour, mon corps vibre encore de plaisir, et je suis envahie d'un profond bien-être.
Après l'amour, la tendresse reparaît.
Après l'amour, le désir est toujours là.
Après l'amour, nous fumons une cigarette.
Après l'amour, il y a des vêtements éparpillés un peu partout et l'odeur de nos corps entremêlés flotte dans l'air.
Après l'amour, vient la leçon de tunisien.
Après l'amour, parfois nous recommençons.
Après l'amour, DramaKing regarde Liz s'endormir.
samedi 27 mars 2010
Divagations aériennes

Mardi 23 mars 2010, vol Milan-Paris, quelque part au-dessus des Alpes, vers 19h :
Pas trop de monde donc j'ai fui ma place initiale à côté d'une grosse dondon qui envahissait tout mon espace vital. J'ai trouvé des cigarettes et des écouteurs à l'aéroport. Et, à la mienne, je suis à l'apéro, au vin blanc. Sauf qu'il est assez infect, je vais y aller doucement si je veux encore avoir ma tête demain.
Au-dessus des Alpes... Pas si loin de mes petits qui me manquent si fort.
Gros bruit soudain dans l'avion, je déteste, ça arrive, on ne sait pas pourquoi. En principe le vol devrait être très calme, il fait un temps magnifique. J'ai quand même vraiment hâte d'arriver. Je sais que c'est ridicule d'avoir peur comme ça. Complètement irrationnel.
Je dors très mal en ce moment. Je stresse parce que je n'ai pas assez de temps pour tout faire, parce que je suis obligée de renoncer à certaines choses. J'ai tendance, parfois, à voir tout en noir, à n'écouter que la frustration, à ne pas vouloir assumer de faire des choix.
Je me suis fait un pschitt de Fahrenheit à l'aéroport. Je voyage avec le parfum de DramaKing autour de moi et cela m'apaise.
Les gens me sortent par les yeux. Leurs costumes et leurs tronches grisâtres. Leurs ventres bedonnants. Leurs journaux économiques. Leurs ordinateurs portables, leurs Blackberry, leurs clés USB. Leurs présentations Powerpoint, leurs tableaux Excel. Où sont les rêves et les passions, les révoltes ? Ils explosent dans leurs pantalons trop serrés, voient des chiffres quand ils dorment et ne se souviennent plus de l'âge de leurs gamins.
On va atterrir très bientôt. Je n'ai pas réussi à éteindre mon Ipod, quelle truffe ! Impressionnant. Il fait nuit. Plein de lumières. L'avion tourne. Je vois la Tour Eiffel et la Défense. Le Stade de France. On descend sérieusement là. On sort le train. On va toucher. Maintenant. Ouf. Ca y est.
dimanche 14 mars 2010
Tu es l'homme-pluie
Tu es l'homme-pluie, celuiQui me rend liquide à l'intérieur,
Celui pour qui je pleure.
Tu es mon amour vertige,
Je ne peux m'empêcher d'avoir peur.
Tu es l'homme-pluie, celui
Dont la fantaisie urbaine s'accommode si bien
Des nuances du gris parisien.
Tu es mon amour dandy,
Et mon désir est infini.
Tu es l'homme-pluie, celui
Qui parfois gronde et m'effraie
Lorsque je ne crois plus en rien
Comme une terre asséchée
Un pays de vauriens.
Tu es l'homme-pluie, celui
Qui m'irrigue, m'apaise, me régénère,
En dépit de ta colère.
Tu es mon amour tempête,
Que rien n'arrête.
Tu es l'homme-pluie, celui
Que j'invoque et prie de venir
M'emplir.
dimanche 21 février 2010
Les mots sont l'enjeu
Je tourne autour de ce post depuis plusieurs semaines. Les mots ont pris pour moi ces derniers temps une importance considérable. Je ne veux pas écrire pour écrire, et j'ai envie d'écrire. Je ne veux pas écrire pour écrire, et je ressens l'angoisse de ne pas écrire.J'écris sur mon carnet bien sûr. C'est un plaisir dont je me passe très difficilement. Ce plaisir d'être en moi, la sensation physique du stylo qui court sur les lignes, la magie de voir les mots se former au fur et à mesure. Ces petits carnets sont probablement les objets auxquels je tiens le plus.
Mais parfois les mots me font peur. Leur pouvoir me fait peur. Je leur dois le retour de DramaKing et son amour aujourd'hui. Qu'arrivera t-il s'ils ne se présentent plus à moi spontanément, pour se soumettre et m'obéir ? Ils sont mon armée, mes soldats, que faire s'ils se mutinent ? Que faire s'ils perdent contre d'autres mots ?
J'ai donné un nom à DramaKing, j'ai donné un titre à cette photo, "DramaKing into jail". Nommer les choses, c'est vouloir se les approprier, les marquer de son sceau. J'ai tant lutté, tous ces jours, pour la reconquête de mon amour. Cette ultime bataille des mots, j'y ai jeté tout ce qui me restait de forces, et c'était bien peu.
Je crois que je suis profondément fatiguée, usée. Et je ne sais pas bien me reposer. Je n'ai de cesse de me fixer de nouveaux objectifs. Parfois c'est comme une fuite en avant insensée. Ces dernières années, ces derniers mois, ont été éprouvants. Je suis très heureuse aujourd'hui. Mais derrière la sérénité apparente, je me sens fragile, au bord de la rupture.
En écrivant, je n'ai eu jusqu'à présent d'autre ambition que de faire mienne ma propre vie. Mais en me servant des mots dans un autre but, pour retrouver et garder l'homme que j'aime, j'ai le sentiment d'avoir ouvert la boîte de Pandore, sans retour en arrière possible. J'ai découvert le pouvoir des mots, et le désir intense de le maîtriser, au-delà de moi. Je suis "condamnée" à poursuivre dans cette voie.
Il y a un avant et un après. Malgré la fatigue et mon envie de m'y laisser aller, je ne peux plus l'ignorer : les mots sont l'enjeu.
mardi 2 février 2010
La tentation du reflet

J'ai toujours eu le fantasme du frère.
L'homme qui me ressemble le plus, le seul avec lequel je partage jusqu'au sang, aux origines, aux caractères héréditaires, au code génétique.
Celui pour lequel aucune femme ne pourra jamais être ce que je suis.
Celui qui se souvient de moi enfant, m'a vue grandir, que j'ai troublé quand il n'aurait pas dû l'être, qui m'aimera toujours, à sa façon rude et tendre.
Celui qui est interdit aussi bien sûr.
Mais je suis fille unique, j'ai deux garçons, le tabou de l'inceste frère-sœur n'existe pas pour moi, et le fantasme restera à l'état de fantasme.
Je pense que c'est de là toutefois que me vient cette volonté de ressembler à DramaKing.
Il existe une tendance, typiquement féminine il me semble, à essayer de se fondre totalement dans l'univers de l'homme que l'on aime. Mon amie La Voix de la Raison appelle ça "le syndrome de la Femme Barbapapa".
Je crois que je vais plus loin encore. Je veux devenir son double. Je veux être cette femme à laquelle il ne peut renoncer sans se perdre lui-même.
Je n'ai jamais poussé aussi loin la tentation du reflet, et ne me suis jamais formulée aussi clairement son origine. Une confidence que m'a faite récemment DramaKing me laisse penser qu'il comprend et partage cette tentation. Et que le fantasme de ressemblance et de fraternité n'est en rien un frein au désir érotique, bien au contraire.
Ainsi, nous ne nous lassons pas de nous réjouir en constatant à quel point nous sommes semblables sur bien des aspects essentiels de nos personnalités.
Deux anecdotes pour finir :
début janvier, nous étions invités à une soirée chez sa meilleure amie, que je devais rencontrer pour la première fois. Tout se passe très bien, L. est adorable, les gens sympas, je m'amuse. Mais DramaKing est malade, pas très en forme, il veut rentrer avec le dernier métro, ce dont il m'avait prévenue dès le départ. J'ai un peu rechigné, traîné des pieds, sans le cacher. Sur le chemin du retour, il m'a dit : "Ne me refais plus jamais ça." Sur le coup, j'ai pensé qu'il exagérait, que c'était complètement disproportionné.
Puis j'ai compris. Pour lui, être en couple signifie montrer un front uni, ne jamais critiquer l'autre devant des tiers, ni le mettre dans une position d'inconfort, de gêne ou d'infériorité. C'est le soutenir et l'accompagner en permanence, surtout lorsqu'il est en difficulté, au mépris de ses propres envies.
L'autre anecdote date de dimanche soir dernier. Nous étions à Saint-Ouen, au festival Mo'Fo, où nous avons notamment eu la chance d'assister au premier "concert" - en réalité un trop court set - de Take it Easy Hospital, le groupe des deux musiciens du film "Les Chats Persans" (http://vimeo.com/9148840).
A un moment, nécessité d'une pause technique. Mais trop d'attente pour les toilettes des femmes, nous finissons par nous engouffrer tous les deux dans celles des hommes. Et faisons pipi, l'un après l'autre, en présence l'un de l'autre.
La tentation du reflet pour moi, pour nous je crois, renvoie à tout cela : une exigence de solidarité et de confiance absolues, quelque chose de l'enfance aussi, le jeu du "chiche", la complicité, le bonheur de se reconnaître dans l'autre, sa familiarité.
Frère et sœur enfin...
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