
J'ai toujours eu le fantasme du frère.
L'homme qui me ressemble le plus, le seul avec lequel je partage jusqu'au sang, aux origines, aux caractères héréditaires, au code génétique.
Celui pour lequel aucune femme ne pourra jamais être ce que je suis.
Celui qui se souvient de moi enfant, m'a vue grandir, que j'ai troublé quand il n'aurait pas dû l'être, qui m'aimera toujours, à sa façon rude et tendre.
Celui qui est interdit aussi bien sûr.
Mais je suis fille unique, j'ai deux garçons, le tabou de l'inceste frère-sœur n'existe pas pour moi, et le fantasme restera à l'état de fantasme.
Je pense que c'est de là toutefois que me vient cette volonté de ressembler à DramaKing.
Il existe une tendance, typiquement féminine il me semble, à essayer de se fondre totalement dans l'univers de l'homme que l'on aime. Mon amie La Voix de la Raison appelle ça "le syndrome de la Femme Barbapapa".
Je crois que je vais plus loin encore. Je veux devenir son double. Je veux être cette femme à laquelle il ne peut renoncer sans se perdre lui-même.
Je n'ai jamais poussé aussi loin la tentation du reflet, et ne me suis jamais formulée aussi clairement son origine. Une confidence que m'a faite récemment DramaKing me laisse penser qu'il comprend et partage cette tentation. Et que le fantasme de ressemblance et de fraternité n'est en rien un frein au désir érotique, bien au contraire.
Ainsi, nous ne nous lassons pas de nous réjouir en constatant à quel point nous sommes semblables sur bien des aspects essentiels de nos personnalités.
Deux anecdotes pour finir :
début janvier, nous étions invités à une soirée chez sa meilleure amie, que je devais rencontrer pour la première fois. Tout se passe très bien, L. est adorable, les gens sympas, je m'amuse. Mais DramaKing est malade, pas très en forme, il veut rentrer avec le dernier métro, ce dont il m'avait prévenue dès le départ. J'ai un peu rechigné, traîné des pieds, sans le cacher. Sur le chemin du retour, il m'a dit : "Ne me refais plus jamais ça." Sur le coup, j'ai pensé qu'il exagérait, que c'était complètement disproportionné.
Puis j'ai compris. Pour lui, être en couple signifie montrer un front uni, ne jamais critiquer l'autre devant des tiers, ni le mettre dans une position d'inconfort, de gêne ou d'infériorité. C'est le soutenir et l'accompagner en permanence, surtout lorsqu'il est en difficulté, au mépris de ses propres envies.
L'autre anecdote date de dimanche soir dernier. Nous étions à Saint-Ouen, au festival Mo'Fo, où nous avons notamment eu la chance d'assister au premier "concert" - en réalité un trop court set - de Take it Easy Hospital, le groupe des deux musiciens du film "Les Chats Persans" (http://vimeo.com/9148840).
A un moment, nécessité d'une pause technique. Mais trop d'attente pour les toilettes des femmes, nous finissons par nous engouffrer tous les deux dans celles des hommes. Et faisons pipi, l'un après l'autre, en présence l'un de l'autre.
La tentation du reflet pour moi, pour nous je crois, renvoie à tout cela : une exigence de solidarité et de confiance absolues, quelque chose de l'enfance aussi, le jeu du "chiche", la complicité, le bonheur de se reconnaître dans l'autre, sa familiarité.
Frère et sœur enfin...

Enfin... :-D
RépondreSupprimerEt très touchée par ce billet-ci...
Ce post comme tous les autres m’a beaucoup touché d’autant plus à cause de ce que je vis aujourd’hui : je me suis rendue compte que l’homme qui partage ma vie est mon reflet, l’exacte copie de mes souffrances de mes douleurs qu’il me renvoie sans même en avoir conscience. A coté de lui je revis les blessures les plus profondes qu’il ravive joyeusement. Miroirs et reflets l’un de l’autre sauf que je suis la seule à voir nos miroirs lui étant totalement aveugle, il ne voit pas le miroir que je lui tends, ou en tout cas il ne veut pas le voir par le moment, j’espère toujours qu’un jour il acceptera de poser les yeux dessus, avant qu’il ne soit trop tard pour notre histoire, j’espère…
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